Pour la première fois, un jury a établi que les réseaux sociaux sont responsables de l’addiction que peuvent avoir les utilisateurs. Meta (société mère de Facebook et Instagram) et YouTube doivent verser 3 millions de dollars à Kaley, une femme de 20 ans qui utilisait les réseaux sociaux depuis l’âge de 6 ans et souffre d’anxiété, de dépression, de dysmorphophobie corporelle et de pensées autodestructrices.

3 millions de dollars, un symbole plus qu’une sanction
L’affaire KGM, jugée devant la Cour supérieure de Californie du comté de Los Angeles sous la présidence de la juge Carolyn B. Kuhl, visait des mécanismes spécifiques : défilement infini, recommandations algorithmiques et lecture vidéo automatique. L’avocat du plaignant, Mark Lanier, a présenté au jury des documents internes de Meta et YouTube montrant que les dirigeants connaissaient les effets négatifs de ces fonctionnalités sur les mineurs. Joseph VanZandt, un autre avocat de Kaley, a résumé le problème : « C’est la première fois dans l’histoire qu’un jury entend des témoignages de dirigeants et consulte des documents internes qui, selon nous, prouvent que ces entreprises ont choisi les profits plutôt que les enfants. ».
Meta paie 70 % des 3 millions de dollars de dommages-intérêts compensatoires, YouTube payant le reste. Pour deux entreprises qui engrangent des milliards de dollars chaque trimestre, le montant est anecdotique. Le véritable risque financier portera sur les dommages-intérêts punitifs, que le même jury continue de délibérer pour trancher sur la question de la malveillance ou de la fraude.

Snap et TikTok, également mis en cause par Kaley dans sa plainte déposée en 2023, ont préféré régler à l’amiable. Meta avait précédemment défendu que les troubles psychologiques de Kaley résultaient de la violence et des tensions familiales. Google, de son côté, contestait l’assimilation de YouTube aux réseaux sociaux : « Cette affaire repose sur une mauvaise compréhension de YouTube, qui est une plateforme de streaming construite de manière responsable et non un réseau social »un porte-parole a dit New York Times. Du côté du Meta, un porte-parole a indiqué : « Nous ne sommes pas d’accord avec ce verdict et évaluons actuellement les recours juridiques dont nous disposons ».
Les réseaux sociaux dans le viseur
Ce verdict valide une nouvelle théorie juridique : les plateformes en ligne peuvent être tenues responsables de préjudices personnels dus à la conception de leurs produits et non à leur contenu, contournant ainsi les protections habituelles liées à la liberté d’expression. C’est une distinction martelée par les avocats des plaignants tout au long du procès.
L’affaire KGM fait partie d’une vague judiciaire beaucoup plus large, avec des milliers de plaintes déposées par des adolescents, des districts scolaires et des procureurs généraux contre Meta, YouTube, TikTok et Snap. Huit autres affaires individuelles sont inscrites au rôle du même tribunal californien. Les affaires fédérales intentées par les États et les districts scolaires d’Oakland seront jugées cet été. Et cette semaine, un jury du Nouveau-Mexique a infligé à Meta une amende de 375 millions de dollars pour ne pas avoir protégé ses utilisateurs contre les prédateurs sexuels. La pression judiciaire sur le secteur des médias sociaux s’intensifie à un rythme qui rend difficile toute stratégie purement défensive.






