Le programme européen de communications sécurisées IRIS² entre dans une phase de développement industriel plus tangible. L’entreprise allemande OHB a conclu un contrat avec SES, d’une valeur proche d’un milliard d’euros, pour le développement et la fabrication de dix-huit satellites destinés à orbiter à moyenne altitude au sein de cette constellation. Cette annonce constitue la première commande industrielle significative depuis que l’Union européenne et le consortium SpaceRISE ont validé l’architecture renforcée du réseau.
Nous avons déjà évoqué le passage d’IRIS² à sa phase de déploiement. L’aspect nouveau ici réside dans l’engagement contractuel avec un constructeur spécifique pour l’ensemble de la couche MEO. Les lancements initiaux sont prévus pour 2029, avec le début des prestations en 2030. Bien que cette signature ne suffise pas à résoudre tous les défis liés à la production, au lancement et à l’intégration, elle concrétise la transition d’une décision de principe à un carnet de commandes.

Dix-huit satellites en orbite moyenne pour compléter la couche basse
IRIS² prévoit un déploiement de 348 satellites, dont 330 en orbite basse et dix-huit en orbite moyenne. La couche inférieure permet de réduire la latence et d’augmenter le nombre de survols d’une zone, mais cela nécessite un plus grand nombre de satellites. Les satellites MEO, quant à eux, opèrent à une altitude plus élevée et couvrent une zone plus vaste, renforçant le réseau grâce à leur capacité, à des itinéraires alternatifs et à une meilleure résilience en cas de défaillance de certaines liaisons ou stations au sol.
SES conduit cette zone en orbite moyenne au sein de SpaceRISE, en collaboration avec Eutelsat et Hispasat. L’opérateur bénéficie déjà d’une expérience dans les télécommunications MEO grâce à O3b mPower. OHB devra concevoir les plateformes qui supporteront les charges utiles, tout en garantissant leur alimentation électrique, leur gestion thermique, leur propulsion et leurs communications avec le sol. Dans un satellite, la plateforme est l’équipement complet qui permet le fonctionnement des instruments sur plusieurs années.
Le montant d’environ un milliard d’euros couvre le développement et la construction des dix-huit unités, mais les modalités de paiement et de performance ne sont pas divulguées. Il serait donc inexact de simplement diviser ce montant par le nombre de satellites pour en déterminer le coût unitaire : une part conséquente finance collectivement l’ingénierie, les tests, les logiciels et l’industrialisation. Ce contrat illustre cependant l’importance économique de la couche MEO pour OHB.
Un réseau axé sur les communications sensibles
IRIS² est souvent présenté comme un concurrent européen de Starlink, une comparaison qui éclaire l’idée de constellation, bien qu’elle soit imparfaite en ce qui concerne les priorités du projet. En effet, l’initiative européenne se concentre principalement sur les institutions, les forces de sécurité et de défense, les services d’urgence et les infrastructures critiques. Elle a pour objectif de maintenir des communications cryptées en période de crise, dans des zones isolées ou lorsque les réseaux terrestres sont altérés. Les services commerciaux viennent en complément de cet usage gouvernemental.
La souveraineté recherchée repose sur le contrôle du service et de ses règles. Actuellement, une administration européenne pourrait dépendre d’un opérateur privé étranger pour un accès satellitaire essentiel. IRIS² vise à établir une infrastructure sous contrôle de l’Union et de ses partenaires, avec des centres gouvernementaux dédiés et des exigences de sécurité communes. La Norvège et l’Islande participent également au projet.
Cette ambition justifie l’architecture multi-orbites. Aucun niveau ne doit être envisagé de manière isolée : satellites, terminaux utilisateurs, stations au sol, centres de contrôle et réseaux terrestres doivent pouvoir s’authentifier et communiquer sans créer de vulnérabilités communes. La cybersécurité concerne autant les logiciels de gestion, les mises à jour et la chaîne d’approvisionnement que le cryptage des communications. Une constellation plus nombreuse améliore la résilience, mais élargit également la surface à surveiller.

Un calendrier ambitieux pour 2029
Avant le lancement, OHB devra finaliser la conception, valider les composants, construire les unités, réaliser les tests puis procéder à la livraison. Parallèlement, SES et SpaceRISE doivent commander les charges utiles, les terminaux, les infrastructures au sol et les services de lancement. Au début du mois d’août, le programme a renforcé son architecture pour répondre à de nouveaux besoins de sécurité, ce qui améliore la capacité mais accroît également la pression sur le respect des délais.
Une autre contrainte concerne les lanceurs. L’Europe a rétabli des capacités de lancement significatives avec Ariane 6, qui a déjà placé en orbite 32 satellites pour la constellation Amazon Leo. Cependant, rien n’oblige IRIS² à se limiter à un unique type de fusée ou fournisseur. La stratégie de lancement devra trouver un équilibre entre le rythme, le coût, l’accès à l’orbite souhaitée et la minimisation des risques en cas d’échec ou de retard.
La congestion orbitale doit également être prise en compte lors de l’évaluation. Avec 348 satellites, IRIS² est certes moins étendue que les constellations commerciales qui comptent plusieurs milliers de satellites, mais devra tout de même publier des données précises sur les trajectoires et estimer la fin de vie des satellites. Une étude relayée par KultureGeek mettait en garde contre le fait que l’orbite terrestre ne devrait pas dépasser 100 000 satellites sans conséquences significatives pour l’astronomie et la sécurité spatiale.
La commande passée à OHB ne marque donc ni le début ni l’achèvement d’IRIS². Il s’agit plutôt d’un tournant à partir duquel l’une des composantes les plus visibles voit un industriel responsable et un budget clairement défini. Les prochains jalons, quant à eux, seront davantage techniques : validation de la conception, cadence de fabrication, choix des lancements, tests de sécurité et disponibilité effective des services. Si ces étapes sont respectées, les dix-huit satellites MEO constitueront l’épine dorsale d’un réseau que l’Europe souhaite pouvoir utiliser sans avoir à solliciter l’approbation d’un opérateur extérieur.






