A l’occasion de la Coupe du monde de football, Arcom met en place un système de blocage en temps réel contre le streaming illégal et l’IPTV. Le choix intervient avant une compétition dont tous les matchs ne seront pas diffusés en clair sur M6. L’objectif est de couper l’accès aux serveurs d’offres illégales pendant le match, avant de les réactiver une fois le match terminé.

Blocage en temps réel des flux IPTV et streaming
Ce mécanisme, qui se veut unique en France, a déjà été testé lors de Roland-Garros. Arcom mise ici sur le blocage des adresses IP pour atteindre l’infrastructure au lieu de courir derrière les multiples points d’entrée créés par les services illégaux. Pauline Combredet-Blassel, directrice générale adjointe d’Arcom, résume ainsi la logique : Radio-France : « Justement, le but du blocage IP est d’affecter les serveurs. Une fois qu’on atteint la source, c’est encore beaucoup plus compliqué de créer de nouvelles plateformes. »
Le même gestionnaire oppose clairement les serveurs aux simples URL. Selon Pauline Combredet-Blassel, il reste facile de créer « autant d’adresses internet que l’on veut »mais « Une fois que les serveurs ne sont plus accessibles, c’est encore plus compliqué à répliquer. » Le pari du régulateur réside donc dans cette idée : rendre la fraude plus difficile à recréer en ciblant la couche la plus sensible du système pirate.
La pression ne concerne pas seulement la protection des droits. Le piratage sportif représente près de 300 millions d’euros de manque à gagner pour le sport français. Le directeur général adjoint d’Arcom ajoute que les réseaux qui commercialisent des systèmes IPTV sont, « certainement »intégrés à d’autres réseaux mafieux engagés dans des activités illégales parfois plus graves. Elle croit également que « Les utilisateurs, en réalité, n’apprécient pas la gravité des risques auxquels ils sont exposés. »
Les diffuseurs veulent aller plus loin
Parmi les acteurs directement concernés figure beIN Sports, qui détient l’exclusivité sur la moitié des matchs de la Coupe du monde. Sa directrice juridique en France, Sarah D’Arifat, décrit « concurrence totalement déloyale » et souligne que les utilisateurs IPTV dépensent « une somme dérisoire, par an, pour accéder à tout le contenu ». Pour la chaîne, la perte ne touche pas que les ayants droit : elle a des répercussions sur l’achat de contenus, le financement de la création et l’emploi en France.

Sarah D’Arifat formule elle aussi sans détour cet enchaînement de conséquences : « C’est donc un problème pour tous les éditeurs de services audiovisuels qui vont acquérir des droits, qui vont produire des contenus, qui vont participer au financement de la création, qui vont employer des gens en France. » La lutte contre l’IPTV s’inscrit dans un enjeu économique plus large autour du modèle de financement de l’audiovisuel, selon le dirigeant.
Pour la période à venir, les équipes de surveillance doivent être renforcées afin d’identifier plus rapidement les plateformes illégales de streaming et d’IPTV. Mais pour beIN Sports, ce renforcement ne suffira pas si les mécaniques de blocage restent trop dépendantes de l’intervention humaine. La chaîne nécessite donc l’automatisation des blocages afin d’obtenir un système plus réactif.
Le diffuseur fonde sa demande sur une comparaison avec l’Espagne. « Aujourd’hui, en Espagne, ils bloquent 10 000 adresses de services pirates sur une journée de championnat. C’est ce que nous bloquons en France en un an »déclare le directeur juridique. Cette revendication a déjà trouvé un débouché politique, puisque l’automatisation des blocages fait partie des mesures d’une proposition de loi qui doit être examinée à l’Assemblée nationale dans trois semaines.






