WEB

L’armée américaine suspend le suivi publicitaire pour préserver la localisation des soldats

1788710492 armee pistage publicitaire 2026 09 05.jpg

Plusieurs branches de l’armée américaine ont désactivé les identifiants publicitaires sur leurs téléphones et ordinateurs professionnels afin d’atténuer la géolocalisation des militaires. Cette initiative a été mise en lumière par des lettres adressées au sénateur Ron Wyden ainsi que par des réponses fournies à Reuters. Cette décision fait suite à des rapports indiquant que des adversaires étrangers auraient acquis des données commerciales pour localiser des soldats stationnés au Moyen-Orient.

L’Armée de l’Air a déclaré avoir désactivé ces identifiants sur ses ordinateurs et dispositifs mobiles depuis juillet. Par ailleurs, le Commandement des opérations spéciales examine une récente modification de Windows. L’Armée a également précisé que ce blocage était en vigueur sur ses PC depuis avant 2021 et qu’il est appliqué par défaut aux appareils mobiles depuis au moins février 2026. Les informations fournies par la Marine ne précisent cependant pas leur calendrier d’application.

Un smartphone et un ordinateur militaires avec suivi géographique désactivé.

Un identifiant publicitaire pour associer une application à un emplacement

L’identifiant publicitaire mobile, souvent désigné par l’acronyme MAID, est un numéro attribué à un appareil qui permet aux agences d’associer les activités effectuées dans plusieurs applications sans utiliser directement le nom du propriétaire. Lorsque cette application communique également sa localisation, un courtier en données peut alors correctement associer cet identifiant à un ensemble de localisations et d’horaires.

Prise isolément, cette donnée peut sembler anonyme. Toutefois, des habitudes régulières peuvent révéler des informations précieuses : un appareil passe ses nuits à une adresse, ses journées dans une installation militaire, puis se déplace vers une base à l’étranger. En croisant ces informations avec des données accessibles au public, un acheteur peut déduire l’identité de l’utilisateur et suivre son unité. Le risque ne se limite donc pas au domaine publicitaire, mais s’étend également à la sécurité opérationnelle.

La désactivation des identifiants empêche les applications de recevoir un identifiant stable qui pourrait être exploité de cette manière. Cela réduit la probabilité de retracer le même appareil à travers plusieurs installations vendues en gros. Néanmoins, ce réglage ne désactive pas le GPS, le Wi-Fi ou le réseau mobile. Une application qui prend en charge la localisation peut toujours collecter des coordonnées, et d’autres fonctionnalités techniques peuvent être utilisées pour créer une empreinte digitale moins évidente.

Les appareils personnels, un angle mort majeur

Selon des sources rapportées par Reuters, ces adaptations concernent principalement les équipements gérés par l’administration. Les téléphones personnels des militaires, des sous-traitants ou des visiteurs ne bénéficient pas d’une configuration automatique de la part du Pentagone. Un unique appareil commercial activé dans une zone sensible peut révéler la présence ou le mouvement d’un groupe.

Ron Wyden et le représentant républicain Pat Harrigan s’inquiètent donc de l’efficacité réelle de ces protections et demandent une enquête. Les deux élus considèrent qu’il est inacceptable que des adversaires puissent acquérir, via des cartes bancaires, des informations utiles pour le ciblage des forces américaines. Le Pentagone a déclaré qu’il répondrait directement à ces préoccupations, sans fournir de nouvelles règles générales.

Cette situation met en lumière une contradiction persistante. Les agences américaines achètent elles-mêmes des données commerciales pour mener des opérations de renseignement ou d’enquête. Par exemple, l’achat de données de localisation par le FBI a déjà été évoqué. Ce même marché peut facilement être exploité par un État, une entreprise ou un particulier étranger, tant qu’aucune règle n’interdit cette vente au client concerné.

La désactivation du suivi ne remplace pas une politique de gestion des données

La définition d’identifiants est une démarche immédiate et relativement simple. Cependant, il est également essentiel de contrôler les autorisations accordées aux applications, de limiter leur installation sur les appareils gérés, de surveiller les communications réseau et de former les utilisateurs. Dans certaines régions, les autorités américaines envisagent de renforcer les restrictions sur l’utilisation des téléphones, car une vidéo publiée en ligne ou un appareil connecté peut également fournir d’autres indices.

Cette prudence doit toutefois rester proportionnée. Interdire l’utilisation de tous les appareils compliquerait la communication et le travail quotidien, sans pour autant garantir une invisibilité aux satellites ou aux réseaux. Une politique efficace doit classer les situations : des réglages renforcés dans des conditions normales, un contrôle des applications sensibles et une interdiction temporaire des fonctions de localisation lorsque le risque opérationnel le justifie.

La décision américaine souligne surtout que l’identifiant publicitaire ne peut plus être considéré comme une donnée exclusivement réservée au marketing. Les données destinées à évaluer une campagne peuvent se transformer en capteur de mouvement lorsqu’elles sont accumulées et revendues. Le blocage de ces identifiants réduit une source identifiable, mais ne met pas fin à l’existence du marché des données de localisation. L’évolution de cette situation dépendra de la réponse du Pentagone aux élus et de sa capacité à protéger également les appareils personnels situés autour de ses installations.

Shares:

Related Posts