La Commission européenne a conclu que Meta aurait enfreint la loi sur les services numériques (DSA), estimant que la conception d’Instagram et de Facebook exploite délibérément des mécanismes addictifs susceptibles de nuire à la santé mentale de ses utilisateurs.

Ces résultats préliminaires ciblent directement les recommandations personnalisées, la lecture automatique des vidéos et le défilement infini, fonctionnalités que la Commission européenne juge problématiques. Dans son communiqué de pressel’institution affirme que Meta « n’a pas réussi à évaluer correctement les risques de sa conception addictive sur le bien-être physique et mental des utilisateurs, y compris les mineurs et les adultes vulnérables ». La Commission va plus loin en décrivant précisément le mécanisme visé, affirmant que ces fonctionnalités « alimenter le désir de l’utilisateur de continuer à faire défiler et de faire passer le cerveau en mode automatique ».
Une amende qui pourrait atteindre 12 milliards de dollars
Cette enquête, initialement ouverte en mai 2024, expose désormais Meta à une sanction financière importante. Le règlement de l’UE prévoit une amende pouvant aller jusqu’à 6 % du chiffre d’affaires mondial annuel de l’entreprise, ce qui s’élèverait à environ 12 milliards de dollars sur la base du chiffre d’affaires de Meta en 2025, qui s’élèverait à 200,97 milliards de dollars.
Au-delà de la sanction financière, la Commission européenne pourrait imposer de profonds changements dans le fonctionnement des applications Facebook et Instagram. Plusieurs pistes de remèdes sont évoquées pour limiter cette conception jugée addictive.
- Désactiver par défaut les fonctionnalités identifiées comme problématiques, comme la lecture automatique des vidéos
- Implémenter des sauts d’écran obligatoires lors de l’utilisation d’applications
- Rendre les algorithmes de recommandation moins orientés vers la maximisation de l’engagement
Henna Virkkunen, vice-présidente exécutive de la Commission européenne chargée de la souveraineté technologique, a défendu cette approche en affirmant que « La protection de la santé physique et mentale des Européens doit être une priorité pour les plateformes de médias sociaux. La loi sur les services numériques fournit un cadre clair pour tenir les plateformes responsables de la conception addictive et des effets de leurs services. Nous sommes pleinement déterminés à faire respecter notre législation en Europe. »
Meta conteste la décision
Un porte-parole de Meta a répondu en rejetant ces conclusions préliminaires :
Nous ne sommes pas d’accord avec ces conclusions préliminaires, qui ne rendent pas compte avec précision des mesures importantes que nous avons prises pour protéger les adolescents. Depuis le début de cette enquête, nous avons déployé des comptes pour adolescents qui protègent automatiquement les adolescents et donnent le contrôle aux parents, leur permettant de bloquer l’accès à Instagram la nuit et de limiter le temps d’écran quotidien à seulement 15 minutes.
Ce dossier européen s’inscrit dans un contexte réglementaire particulièrement chargé pour Meta. La Commission européenne doit publier le 13 juillet un rapport sur une éventuelle interdiction générale des médias sociaux à l’échelle européenne pour les moins de 16 ans. Aux États-Unis, l’entreprise fait également face à un procès dans quatre États, avec une audience prévue en août, au cours de laquelle elle est accusée d’avoir intentionnellement conçu ses plateformes pour créer une dépendance, une action en justice qui pourrait exposer Meta à des sanctions pouvant atteindre 1 400 milliards de dollars.






