Bordeaux vient d'approuver la construction d'un grand data center dédié à l'intelligence artificielle utilisant un supercalculateur pour s'affranchir des géants technologiques américains. Le projet BXIA (Bordeaux IA) a reçu vendredi le feu vert des élus, confirmant le transfert de 20 hectares de terrain au nord de la ville.

Ce vote, soutenu par le maire écologiste de Bordeaux malgré un contexte de campagne municipale tendu, lance officiellement un projet estimé à trois milliards d'euros. L’objectif est de construire un hub numérique capable de concurrencer les infrastructures américaines en termes de puissance de calcul et de stockage. Benjamin Delaux, président de NFU Digital et chef de projet chez Osae Partners, résume l'ambition : « Plutôt que de donner ce pouvoir à un opérateur américain qui en fera ce qu'il veut, nous préférons (…) créer un centre numérique souverain ».
Grande puissance de calcul pour l’Europe
Le site accueillera progressivement six unités de datacenter à partir de 2028. L'ampleur du système est importante : une puissance électrique totale de 380 mégawatts est prévue, soit l'équivalent de 10 % de la capacité de la centrale nucléaire voisine du Blayais.
Sur le plan technique, BXIA vise une puissance de calcul pure de 250 mégawatts. Environ 80 % de cette capacité sera spécifiquement allouée aux opérations d’intelligence artificielle. Les promoteurs du projet espèrent attirer des acteurs attachés à une charte de souveraineté, en tendant notamment la main à Mistral, la société de renseignement française reconnue dans le monde entier. De grands industriels déjà implantés localement, comme Dassault, Thales, Safran ou ArianeGroup, sont également dans le viseur pour rejoindre ce campus technologique. Le financement vise à rassembler principalement des capitaux français et européens.
Cette initiative répond à un déséquilibre flagrant : en 2019, 92 % des données occidentales étaient hébergées aux Etats-Unis selon le cabinet Oliver Wyman. Face à cette domination et à l'annonce récente d'Amazon Web Services (AWS) de proposer un cloud souverain en Europe, la France joue la carte de son électricité nucléaire décarbonée pour attirer ces structures énergivores.
Un impact écologique et économique local
Au-delà de la souveraineté numérique, le projet BXIA met en avant les engagements environnementaux de ce site, qualifié de « pionnier ». L'infrastructure profitera du câble transatlantique Amitié, relié aux côtes girondines en 2023. Les promoteurs promettent une gestion exemplaire des ressources :
- Refroidissement des serveurs via un circuit d'eau fermé.
- Réutilisation de la chaleur résiduelle produite pour alimenter les réseaux de chaleur urbains environnants.
- Renaturation partielle du terrain (actuellement un parking).
L'impact économique s'annonce important pour la région, avec la création annoncée de 600 à 1 000 emplois permanents sur le site. Ce projet s'ajoute aux environ 300 datacenters que la France comptait déjà en 2022, principalement concentrés jusqu'à présent en Île-de-France, dans les Hauts-de-France et à Marseille.






