Les récentes cyberattaques visant des institutions publiques en France, y compris le fisc, mettent en lumière, selon Vincent Strubel, directeur général de l’ANSSI, « un nouvel aspect de la menace » dans le cyberespace. Ces incidents sont le fait de jeunes hackers français, peu organisés, qui préfèrent des actions rapides et massives aux techniques plus élaborées adoptées par des groupes criminels ou étatiques.

Une nouvelle facette de la cybercriminalité
Vincent Strubel a abordé cette évolution lors des universités d’été d’Hexatrust, une association regroupant des entreprises françaises de cybersécurité. Il a souligné que la France fait face à l’essor d’un « crime non organisé » et « endogène », impliquant principalement des jeunes qui ne forment pas des structures bien définies.
Ces nouveaux hackers disposent de ressources beaucoup plus limitées que celles des groupes de cybercriminalité organisés ou des acteurs étatiques. « Ils n’ont pas d’infrastructures très développées, ni de groupes bien rodés, il s’agit donc d’un phénomène très varié », a précisé Vincent Strubel. L’ANSSI a également constaté que leurs attaques ne visent généralement pas à rester discrètes ou à maintenir un accès prolongé aux systèmes compromis.
Les cyberattaques contre la Direction générale des finances publiques (DGFiP) illustrent parfaitement cette nouvelle dynamique. Suite à plusieurs incidents survenus cet été, environ 700 000 personnes ont vu leurs données dérobées, et deux individus ont été interpellés, avec des soupçons visant le groupe ZeroBytes, qui a revendiqué l’une des attaques.
Les motivations des hackers restent floues
Vincent Strubel a exprimé que l’ANSSI n’a pas encore suffisamment de recul pour bien appréhender ce phénomène. « Nous commençons tout juste à déceler certaines caractéristiques », a-t-il déclaré, tout en notant que les raisons qui poussent ces hackers à agir demeurent difficiles à élucider.
Dans un communiqué publié après son intervention, le directeur de l’ANSSI a précisé que ces hackers exploitent notamment des bases de données de comptes compromis par des voleurs d’informations ou des intrusions antérieures. Il décrit leurs actions comme des opérations de type « hit & run », avec des attaques rapides, sans recherche systématique de privilèges élevés ni intention réelle de dissimuler leurs traces.
Cette évolution vient s’ajouter aux menaces actuellement surveillées par l’ANSSI. Son rapport pour 2025 note en particulier que la frontière entre acteurs étatiques et cybercriminels devient de plus en plus floue, alors que ces attaquants échangent davantage leurs outils et méthodes.
L’agence estime qu’une réponse efficace doit passer par le renforcement significatif de la sécurité des services numériques publics. Cette priorité est d’autant plus cruciale que l’ANSSI doit également faire face à des campagnes d’attaques bien plus sophistiquées, telles que celles attribuées au groupe russe Turla, visant des entités stratégiques françaises.






